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Ven, Oct

Entretien personnalisé avec M. Christian Poncet, Délégué Interrégional Sud-Ouest d'EDF

Rencontres

«  EDF : un virage mondial dans la gestion et la fabrication d’énergie »

Fidèle à EDF depuis bientôt 47 ans, Christian Poncet est aujourd’hui délégué interrégional Sud-Ouest du Groupe EDF (l’ensemble des services, des directions et des filiales du groupe)

Le CIRT : Bonjour et merci de nous accueillir dans vos locaux. Pourriez-vous nous présenter l’organisation régionale d’EDF  en quelques mots ?
CP : Bonjour. C’est une organisation qui évoluera avec la réforme territoriale des régions : dès le 1er janvier 2016, l’action régionale du Groupe se transformera en même temps que la réforme territoriale, les instances de l’Etat et avec une certaine continuité.Le Groupe EDF est organisé en silos verticaux. Parfois, les métiers n’ont pas grand-chose à voir les uns avec les autres. Aussi entre le nucléaire, l’hydraulique, le commerce,…les filiales comme Dalkia, Citelum,  EDF Energies Nouvelles,… qui évoluent dans des mondes très différents, un lien nécessaire de coordination est assuré par le délégué régional.

Le CIRT : Vous êtes Délégué Interrégional EDF, en quoi consiste exactement votre mission ?
CP. : Je représente sur la région le président d’EDF pour l’ensemble du Groupe EDF sur tous les événements où il ne peut pas être présent. J’ai pour mission essentielle de coordonner les activités du Groupe sur le territoire en m’appuyant sur la Conférence régionale qui a un rôle majeur dans mes fonctions. Cette dernière réunit l’ensemble des directions de toutes les entités du Groupe du territoire concerné.
En résumé, je suis en charge de la représentation externe et de la coordination du Groupe sur les enjeux territoriaux.

Le CIRT : Quels sont les enjeux d’EDF en Région ?
CP. : Nous travaillons à partir d’un plan d’actions régional. Sur la base d’un diagnostic régional éclairé sur le domaine de l’énergie, nous détectons les enjeux du Groupe sur le territoire. Dans le cadre de la réforme territoriale, nous travaillons déjà sur le plan d’actions de la nouvelle Grande Région !
Le rapprochement de Languedoc Roussillon et de Midi-Pyrénées valorise de grands enjeux comme par exemple l’énergie hydraulique où Midi-Pyrénées est la 2ème région hydraulique de France derrière Rhône-Alpes.
Le 2ème enjeu concerne les énergies renouvelables. Nous sommes dans une région où il y a du soleil, du vent et il où existe une possibilité d’exploitation de la biomasse... même si les modèles économiques sont parfois difficiles à trouver.
Nous avons un 3ème enjeu de maillage de réseau. Il faut étendre et raccorder au réseau actuel toutes ces énergies renouvelables décentralisées car elles sont généralement assez éloignées des réseaux. Cela nécessite alors beaucoup d’investissement.

Le CIRT : Vous avez également de nombreuses représentations officielles et en particulier à l’INSA de Toulouse où vous avez été nommé Président en fin 2014. Comment faites-vous pour assumer toutes ces missions ?
CP. : Je suis rentré très jeune chez EDF : à 18 ans…ça fait donc 47 ans ! J’ai donc une grande connaissance du Groupe en ayant travaillé dans la plupart des métiers hydraulique, réseau, international,… Cette expérience de terrain a contribué à ma légitimité au sein du Groupe.
A première vue, cette nomination à l’INSA n’à rien à voir avec mes fonctions professionnelles… et pourtant, en tant que Délégué interrégional, je fais l’interface entre la formation supérieure, les grandes écoles et le Groupe car nous recrutons beaucoup d’étudiants. Avant de devenir Président, je m’intéressais déjà à l’INSA et au monde de la formation professionnelle !

Le CIRT : EDF en Midi Pyrénées, en quelques chiffres ?
CP. : En 2015, nous sommes le 3ème ou 4ème employeur derrière Airbus. Nous avons environ 5 700 salariés (2 800 EDF SA, 2 050 ERDF, 560 RTE, 130 Dalkia,..). Nous avons 2 bassins hydrauliques au sud du Massif Central, en particulier dans l’Aveyron, et dans les Pyrénées. Il faut savoir que la Région Midi-Pyrénées exporte de l’énergie car elle en produit plus qu’elle n’en consomme ! La consommation est assurée par environ 1/3 d’hydraulique et 2/3 du nucléaire. Il n’y a plus aucune centrale thermique à charbon ou à gaz en service sur le territoire. Nous sommes donc déjà « décarboné » à 100%. C’est une marque de fabrique de Midi-Pyrénées. Soyez rassuré, le « mariage » avec le Languedoc Roussillon ne changera pas ces tendances !

 

Le CIRT :  Quelles sont les avancées technologiques qui vont changer à court ou moyen terme, les modes de production de l’énergie ?
CP : Les énergéticiens ont un véritable challenge stratégique à relever. Va-ton réussir à maintenir la hausse du réchauffement de la planète à +2°C ? Nous sommes entièrement inscrits dans ce challenge et c’est d’ailleurs notre stratégie !
Il y a une évolution du modèle de production, de consommation et de distribution. Pour exemple, une start-up américaine (TESLA) vient de créer l’offre PowerWall : une batterie capable de fournir 7 kWh pendant 10/12 heures. Cette dernière sera alimentée par des panneaux photovoltaïques sur les toits et/ou par le réseau pour répondre au manque de soleil pendant certaines périodes. Il y a véritablement une rupture dans le développement des ENR autres que l’hydraulique. Les solutions s’orientent vers la diversification du mix énergétique avec la biomasse, l’éolien, le photovoltaïque, voire l’hydrogène.
Aujourd’hui, les réseaux doivent devenir « intelligents » d’où l’apparition des Smart grids. C’est un domaine nouveau en pleine expansion qui intéresse beaucoup d’acteurs hors énergéticiens comme Google par exemple. Car ce sont beaucoup de données à collecter, à traiter afin de mettre de l’intelligence sur le réseau pour en optimiser la fonction.
L’électricité est une denrée particulière. On ne sait pas encore la stocker en grande quantité. Sans stockage suffisant, il est par ailleurs nécessaire que la production soit égale à la consommation en permanence. Nous sommes en train d’introduire une couche d’intelligence dans  le système de production et de distribution afin d’absorber les productions d’ENR réparties sur les territoires. Le Graal sera de trouver le moyen de stocker en grande quantité l’énergie. L’une des idées novatrice serait de la stocker sous forme d’hydrogène.

Le CIRT : Un dernier mot, pensez-vous que nous sommes dans une logique réelle de prise de conscience de la population vis-à-vis de la protection de l’environnement dans le monde ?
CP. : Je pense que oui. Il y a une conscience sociétale qui évolue naturellement par nécessité, surtout pour les nouvelles générations. Le problème du réchauffement climatique est un vrai souci et il y a un consensus autour de tout cela.
Nous sommes dans un virage mondial pour ce qui concerne la gestion et la fabrication de l’énergie. La révolution sera énergétique et numérique. La stratégie d’EDF doit être suffisamment intelligente pour préserver le modèle traditionnel car c’est le moins cher aujourd’hui. Mais elle doit aussi s’ouvrir à la transition énergétique pour prendre le bon virage. C’est ce que certains appellent le « syndrome kodak ». Kodak avait anticipé les évolutions technologiques en inventant l’appareil numérique. Mais en voulant conserver trop longtemps leur modèle historique, avec le papier notamment, ils ne se sont pas transformés assez vite. Kodak n’existe plus. Ce sont les sociétés d’informatique qui ont investi le marché du numérique. En énergie, nous pourrions être confrontés à un même type d’équation. Et nous ne souhaitons pas être le « Kodak de l’énergie ». Pour ce faire, la stratégie d’EDF est axée sur un fort développement d’innovation : nous travaillons beaucoup avec les start-up. Cela pourra nous donner l’agilité que nous n’avons pas, car nous « sommes trop gros ». Et nous ne sortirons de la crise économique dans l’énergie que par un degré d’innovation bien supérieur à celui d’aujourd’hui.

Merci Christian Poncet. En conclusion, tout en préservant son modèle traditionnel, le Groupe EDF tend à répondre aux grands enjeux par une stratégie basée sur l’innovation en laissant une place forte aux nouvelles technologies et aux réseaux intelligents.

| Entretien réalisé par Agnès Consariand, Impact Evolution pour "En Direct du CIRT" 31 août 2015.

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