Sidebar

18
Ven, Oct

Entretien personnalisé avec M. Philippe Crebassa, Directeur Adjoint de l'ENAC

Rencontres

« L’ENAC, bien plus qu’une école, un modèle de transfert technologique »

Riche de son parcours dans le domaine de l’aviation civile au sein de la société Egis Avia et précédemment à la Direction Générale de l’Aviation Civile au service du contrôle aérien, Philippe Crebassa est aujourd’hui Directeur adjoint de l’ENAC.

CIRT : Bonjour M. Crebassa, et merci de nous accueillir à l’ENAC. Pourriez-vous en quelques mots nous présenter l’ENAC ?

P.C. : Créée en 1949 à Orly, elle a déménagé en 1968 à Toulouse. L’Ecole est un modèle assez unique car nous sommes entièrement dévoués au transport aérien et à l’aéronautique. Nous formons des contrôleurs aériens, des pilotes de ligne et des agents d’opération qui travaillent pour les compagnies aériennes, les aéroports et les sociétés d’assistance en escale. Nous formons aussi tous les formateurs français sur la sureté aéroportuaire. L’ENAC est également la 1ère école d’ingénieurs en formation continue tous secteurs confondus. Cela représente à peu près 3000 étudiants et entre 6000 et 8000 stagiaires par an formés chez nous.

CIRT : Quels types de formations proposez-vous ?
P.C.. : Nous avons 3 grands axes d’interventions qui se déclinent autour de la formation initiale et la formation continue : il s’agit de l’ingénierie aéronautique, de la gestion de trafic aérien, et de la formation au pilotage. Nous nous appuyons sur près de 1000 professeurs vacataires enseignants. Nous disposons de la 2ème flotte de France avec 130 avions d’école… seule Air France a plus d’avions que nous ! (rire). Nos moyens techniques et pédagogiques sont uniques en Europe.
Nous avons 8 autres centres de formation en France : à Biscarosse, Muret, Montpellier, Carcassonne, Grenoble et Saint-Yan et un atelier central à Castelnaudary dédié l’entretien de nos avions.

Le CIRT : Le département recherche de l’ENAC, pourtant récent, semble être en pleine expansion ?
P.C. : Oui, nous avons 4 laboratoires : le premier concerne les mathématiques appliqués : c’est le laboratoire qui réfléchi à l’intelligence des systèmes. Le deuxième laboratoire concerne l’Interaction Homme-Machine : La machine peut être très performante, mais si elle ne sait pas correctement dialoguer et interagir avec l’opérateur pilote ou le contrôleur aérien, l’ensemble ne sera pas efficace. Notre 3ème laboratoire, mondialement reconnu auprès de la Communauté  européenne et des industriels, concerne les télécoms avec au sein de ce laboratoire une « pépite » sur la navigation par satellites. Et le 4ème labo travaille en relation avec TBS et TSE et concerne l’économie du transport aérien.

Nous disposons aussi de programmes transversaux dont les programmes drones, développement durable, gestion du trafic aérien, ou encore opérations aériennes. Pour le programme drones, par exemple, nous avons développé un ensemble logiciel appelé « Paparazzi » qui permet de piloter un micro-drone. Ce logiciel est ouvert à la communauté scientifique et libre de droits. Il est d’ailleurs utilisé un peu partout dans le monde.

La DGAC, très active dans le domaine du développement de l’activité des drones, s’intéresse en particulier à la circulation des drones, afin que drones et avions puissent cohabiter paisiblement dans l’espace aérien. Nous venons d’ailleurs de clôturer le projet « Odréa » : on a joué sur l’insertion de drones dans la circulation aérienne autour de Muret et dans le secteur de Blagnac.  Paparazzi c’est vraiment l’intelligence du système de drones sur le drone lui-même et la station au sol qui le pilote. On a aussi un projet en cours sur l’interception et la neutralisation de drones malveillants.

Le budget de l’école est d’environ 130 millions d’euros. La recherche représente près de 5 millions d’euros de budget pour un effectif d’environ 70 personnes dont les enseignants chercheurs, les thésards et les docteurs.

Le CIRT : Quelle est la force internationale de l’ENAC ?
P.C. : Le champ est très large. 50 % de nos étudiants sont étrangers de tous horizons. C’est un réel atout pour nos étudiants français : sans même partir à l’étranger, ils baignent déjà dans l’inter culturalité !

Nous développons également des activités à l’international. En Chine, qui est notre plus grosse implantation, nous avons un collège franco-chinois à Tianjin à côté de la ligne d’assemblage Airbus, et nous proposons un ensemble de Masters spécialisés pour lequel on forme de futurs cadres. En Inde nous venons d’ouvrir pour le compte de la « DGAC indienne » un autre Master spécialisé. On a aussi démarré tout récemment une formation d’agent d’opération en Indonésie pour le compte de la compagnie l’Aillon Air et on va démarrer en septembre, à Amsterdam un autre master spécialisé en coopération avec l’IATA. Le côté international est extrêmement développé et ne cesse de se développer : les futurs projets sont encore plus nombreux : on a des perspectives très concrètes au Brésil, au Moyen Orient et aux Caraïbes.

L’Ecole soutient des industriels pour leur développement à l’international. Les opérations que nous menons à l’international sont en partenariat avec les industriels européens installés sur place, ou qui doivent se développer sur place ou qui veulent gagner en visibilité. C’est par exemple le cas du collège franco chinois qui est en partie financé par des industriels français. Nous avons donc un dialogue très constructif avec des groupes comme Airbus, Air France, Thalès dans nos projets.

Le CIRT : L’ENAC et les entreprises toulousaines ?
P.C. : Très concrètement, nous avons un conseil d’administration dont le Président est Vice-président chargés du service clients d’Airbus, le Vice-président du CA est président du Directoire de l’aéroport de Blagnac, la DRH de Thalès Avionix,...Le lien est direct, nous sommes bien connectés !

Le CIRT : L’idée à retenir ?
P.C. : L’ENAC est une école qui forme les futurs ingénieurs et cadres français et étrangers à Toulouse, en France mais aussi à l’étranger. L’ENAC peut être partenaire des industriels pour leurs actions de développement à l’international. Vous pouvez être acteur dans la chaine pédagogique (accueil des stagiaires étrangers), présent à l’étranger ou augmenter votre visibilité à l’étranger en finançant ou sponsorisant partir ou intégralité de projets à l’étranger.


En conclusion,  merci Philippe Crebassa. L’ENAC n’est donc pas qu’une simple école de pilotage mais bien plus, un modèle économique ! RDV le 6 mai prochain où nous aurons l’occasion d’assister à votre conférence et de visiter les simulateurs de contrôle aérien. De quoi prendre un peu de hauteur et s’aérer l’esprit !

 

| Entretien réalisé par Agnès Consariand, Impact Evolution pour "En Direct du CIRT" 13 avril 2015.

0
0
0
s2sdefault
powered by social2s